Un carnet bleu...

Propos lavallois d'actualité politique, économique, fiscale, linguistique, footiste et autres bidules, en différé... hiver...

La radio pub comm qui nous abrutit…

Depuis qu’on a délaissé un peu le sport favori des factionnaire 2x4 du Bleu, le média-bashing, les occasions d’en parler n’ont pas été plus rares, c’est plutôt qu’on a fait le choix en plusieurs occasions de délaisser un événement ou un article pour ne pas passer trop de pub gratuite, à des médias qui ne le méritent pas. À des médias qui méritent de payer pour que l’on parle d’eux, plutôt.

À l’exception que, cette fois, cette nouvelle occasion est différente des autres. Elle est différente parce qu’elle traite en même temps d’un phénomène émergent et connus, dont on peut dire qu’il a été popularisé par des artistes radio tel que Arthur le Roi, Jeff Failon et son émule Stéphane Gendron, mais dont on parle peu. Un phénomène qui se résume à sonder à chaud l’opinion des auditeurs gratuitement par la fameuse tribune téléphonique, dont certaines règles on été resserrées chez les haut de gamme tel que la Radiocan. Mais relâchées chez les bas de gamme tel que la radio privée à pub commercial sans fin, pour en tirer un spectacle plus ahurissant, quoi.

Cette fois aussi, ce n’est pas nous qui avons démarré le bal des frappes au 2x4, c’est plutôt un employé de la Gesca inconnu, découvert par hasard dans les pages arts et spectacles que personne ne consulte au Bleu. À moins de se tromper de cahier. Vous aller voir, c’est plutôt coloré, type Jeff Failon, comme perspective…

La dictature de l'abruti
Marc Cassivi

J'en avais déjà plus qu'assez quand je suis tombé, mardi soir, sur la tribune téléphonique de Paul Houde, au 98,5 FM. En ondes, un abruti déterminé à faire la leçon à l'invité de M. Houde, Jocelyn Coulon, candidat libéral à l'élection partielle de lundi prochain dans Outremont. Votre parti a laissé les immigrants prendre le contrôle de nos gouvernements et de notre pays, disait en substance ledit abruti. Moi, ma famille est ici depuis le XVIIIe siècle, a-t-il précisé. Je pense que je sais plus ce qui est bon pour le Québec qu'un immigré comme vous, M. Coulon, même si vous êtes peut-être né ici.
Il a ajouté, pour bonne mesure, comprendre les «Yougoslaves judéo-chrétiens» d'en être venus au nettoyage ethnique en Bosnie. «C'est ça qui arrive quand t'es poussé à la limite par ce monde-là (lire: les musulmans). Ça va arriver à Paris la prochaine fois, pis à New York, pis à Montréal si on ne fait rien.» Merci d'avoir appelé, monsieur. À demain.
J'en ai entendu des bonnes depuis que les médias ont décidé de diffuser les moindres échos aux glapissements de la commission Bouchard-Taylor. Je ne saurais vous dire pourquoi, mais mardi, cette incitation plus ou moins directe à l'épuration de la race canadienne-française a été pour moi la goutte qui a fait déborder le vase. L'aboutissement de mon ras-le-bol d'une chasse à l'étranger que l'on tente de nous faire passer, ces jours-ci, pour le mal nécessaire d'un exercice démocratique obligatoire.

Depuis quand ouvre-t-on les ondes (qui sont publiques) à la propagande haineuse? Depuis quand laisse-t-on à chacun le loisir de déverser son fiel à la radio? Pourquoi faudrait-il que les ignorants, les racistes et autres xénophobes aient une tribune de choix pour débiter leurs inepties, sous prétexte que chacun a droit à son opinion?
Accepterait-on au Québec que des anglophones méprisent ouvertement les francophones, à heure de grande écoute radiophonique, en raison des acquis linguistiques que ces derniers conservent en vertu de certains «accommodements» à la Constitution? Don't think so...
En accordant du temps d'antenne à des racistes, on banalise le racisme. Les médias sont responsables de cette dérive. Ils ne filtrent plus le discours des abrutis, de peur de passer pour bien-pensants. Quand cessera-t-on de dire, par opportunisme, par populisme ou par paternalisme, que le fameux «code de vie» des habitants de Hérouxville était la manifestation maladroite d'une insécurité identitaire? On ne peut plus appeler une abrutissante connerie par son nom?

Le Québécois n'est pas plus raciste que son prochain. Mais il ne l'est pas moins non plus. Ce n'est pas parce que l'on ne sait plus le reconnaître que le racisme n'existe pas. Et ce n'est pas parce qu'il existe qu'il faut lui offrir une vitrine médiatique.
L'intervention de cet abruti sur les ondes du 98,5 FM, mardi, a fini de me convaincre que les discours intolérants sont désormais tolérés. On n'en remerciera pas les monomaniaques des accommodements raisonnables, qui confondent laïcité et anticléricalisme, en distillant un populisme qui flirte avec la ségrégation sociale. Vous êtes avec nous (qui nous drapons dans un prosélytisme catho nouveau genre) ou vous êtes contre nous. Il me semble avoir déjà entendu cela quelque part.
Laisser aux quidams et aux commentateurs peu éclairés (ils sont légion) le soin de faire par médias interposés, en 18 séances bien tassées, le procès d'une religion qui a presque 1500 ans, c'est évidemment chercher le trouble. Le musulman de ce tournant de siècle est le Juif des années 30 ou le Noir du début du XIXe siècle. Il me semble qu'il n'y a pas grand-monde - notamment dans les tribunes téléphoniques - pour s'en rendre compte.

En s'acharnant sur la «crise» des accommodements raisonnables, les médias ont fini par ouvrir une boîte de Pandore. Aujourd'hui, nous en sommes quittes pour laver notre linge sale à la télé, dans les journaux et à la radio. Était-il nécessaire de brasser notre caca identitaire en public, en relançant la question du «nous» et du «eux»? M'est avis qu'en voulant crever l'abcès, on a répandu du pus partout. Et qu'il ne sera pas aisé de s'en laver les mains.
Il est grand temps que les gens raisonnables (oui, raisonnables) reprennent le contrôle de ce débat qui a pris des allures de lynchage de l'ennemi sui generis, ce musulman préférant se plier vers La Mecque plutôt qu'aux coutumes de la majorité. Notre société, qui se plaît plus que jamais à mépriser le savoir et la réflexion, mérite mieux que d'être soumise à la dictature de l'abruti.
La Presse - Le jeudi 13 septembre 2007


Propos…
Pourquoi faut-il que les « ignorants, les racistes et autres xénophobes » aient une tribune à la radio pub commerciale ?…
Je ne sais trop. Peut-être parce que d’une part ils existent et leur présence accroît sensiblement l’auditoire et donc en conséquence le niveau des revenus de la publicité. D’autre part les exclure des ondes ne ferait que déformer la réalité et ainsi abrutir tous les auditeurs en cachant le fait qu’ils existent. En plus de réduire les revenus de la pub.

Quant au mépris du savoir et de la réflexion, n’est-ce pas un mépris exercé aussi par le directeur de la programmation, sans égard à l’auditoire ? Comme quand ce directeur du 98,5 n’a pas daigné reconduire l’engagement de Stéphane Gendron en le remplaçant par Paul Houde la semaine. Et Richard Martineau remplacé par Dutrisac la fin de semaine. La question étant…
Qui est cet abruti qui a fait ça ?…

Libellés :

De... sp et al... le... 14.9.07,

2 Commentaires:

Le.. samedi, 15 septembre, 2007, Anonymous Christian a dit...

Richard Martineau a quitté son émission du samedi et dimanche matin pour les mêmes raisons que Joseph Facal... Des raisons personnelles. Il voulait être plus présent avec ses enfants.
Pour un gars qui n'est pas marié, bien sûr.
Pfffffsssss...

 
Le.. dimanche, 16 septembre, 2007, Anonymous Christian a dit...

Je viens de vérifier, Jean a raison. Les commentaires au blog du jessopinion sont fermés.
On fait mieux de lui faire une place.

 

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