Le journaliste en crise...
23.3.10
De retour à la transition. Le moment de la semaine qui nous informe sur des sujets variés, parmi les plus populaires.Au dernier billet, dans la catégorie média, nous avons constaté ce que veut dire évolution. L'évolution et transformation du lecteur et de l'information durant la première décennie de ce siècle, face aux nouvelles méthodes et plateformes qui véhicules l'actualité à travers la planète. Est-il nécessaire de dire que cette lecture fut, sans surprise, une de plus populaire qui soit dans ce domaine des médias. Alors...
Cette semaine à la transition... Encore un mélange de média, différent. Profitons-en, pendant que les journalistes sont trop occupés pour espionner ce que nous lisons, à propos de leur métier et de leurs employeurs. Ce sera encore une vieille nouvelle, pour fuir l'actualité. Toujours à la fin de décembre et l'année 2009.
En une seule lecture, encore pour se reposer d'une fin de semaine sportive, épuisante. Il s'agit donc d'un résumé de l'évolution de ce rapporteur appelé journaliste. En pleine crise existentielle, semble-t-il. Tout comme le riche et célèbre campagnard livreur de journaux, Antoine, sans doute. C'est ici que nous allons apprendre que les vieux, habitués du papier dans les mains, tout comme le surpayé Christian Rioux, n'ont aucune gène à huer les pionniers du journalisme toile, qui remettent en question les bases du métier. Par la façon dont il traitent l'information, la manière d'écrire et de concevoir le concept de la page web.
Préparez-vous à la mutation. Après ceci vous ne verrez plus jamais le rapporteur de nouvelles, névrosé de l'intérêt humain et surpayé, de la même façon. Aussi, c'est long. Prévoyez le temps et le confort habituel. Bonne lecture...
Le journaliste, en pleine crise existentielle...
Sous les huées de ceux du "papier," les pionniers du web journalisme remettent en cause les bases du métier. Nouvelle manière d'écrire, de traiter l'information, jusqu'à la typographie et au concept même de la page web.
Déconsidéré, le journaliste web ? Allons donc. Pendant un moment, la blague a bien tourné sur les open-space des sites web des grands journaux. Les web journalistes, ce sont des "ouvriers spécialisés" de la presse, des "forçats" des médias, des pakistanais du web, et leurs rédac-chef des "négriers".
Elisabeth Levy et Philippe Cohen synthétisent à merveille cette autodérision dans "Notre métier a mal tourné" : "Ne dites pas à ma mère que je travaille sur le web, elle croit que je suis journaliste." Avec internet, arrivent en effet de nouvelles rédactions au sein des journaux papiers, pour alimenter les sites d'information qui se lancent à la fin des années 1990 - 1995 pour Lemonde.fr, 1999 pour Nouvelobs.com. A nouvelles rédactions, nouvelles règles et nouveaux commandements.
http://www.paperblog.fr/627254/notre-metier-a-mal-tourne-quel-journalisme-pour-demain/
Nouveaux concurrents, agrégateurs et blogeurs tu affronteras
C'est que le journaliste doit en 2009 affronter de multiples concurrents. En premier lieu, les puissants logiciels tels Google et les agrégateurs de flux RSS. Ainsi le site Google News, lancé en 2002, devient rapidement très populaire. C'est l'efficacité du journal sans journaliste. En effet, sur ces sites, le processus d'éditorialisation est entièrement automatisé. "Les informations aspirées sur les sites répertoriés sont triées par thème et par pertinence puis hiérarchisées en fonction de l'importance que leur accorde le site de base.
Un must d'objectivité, pour le directeur commercial de Google France : "Absence d'intervention humaine, forcément idéologique, combinée à la multiplicité des sources, accessible grâce à l'ordinateur, confère à Google une véritable objectivité". Wanadoo, Aol, Yahoo.fr… Tous les portails ont passé des contrats avec des agences de presse, type Reuters, l'Associated press, ou l'AFP. Et disposent, à moindre coût, d'une quantité importante d'information.
Moins objectif, mais tout aussi concurrentiels pour le journaliste, les blogueurs, véritables pourvoyeur d'information qui rassemblent eux aussi leur lecteur et diffusent leurs idées. Chacun peut être journaliste. Autant dire que le rôle du journaliste en prend un sacré coup.
"Parce que les sources sont beaucoup plus multiples et moins fiables, et parce que chacun y a accès au même titre que le journaliste professionnel, qui perd sa fonction de “maître des sources”, explique Marc Lits, de l'Observatoire du temps médiatique. Les journalistes Bruno Patino et Jean-François Fogel ne disent pas autre chose dans La Presse sans Gutenberg : "Descendu de son piédestal de "médiateur obligé" entre l’audience et l’information, le journaliste se retrouve sur internet au beau milieu d’une arène où se croisent son audience comme ses sources, dans un déferlement continu".
https://www.uclouvain.be/cps/ucl/doc/ilangcom/documents/lits_findurecit_20080529.pdf
Sur le "tout à l'égoût" tu travailleras
Pour garder sa spécificité, le web journaliste a dû réinventer son métier. Pas forcément facile pour ce média perçu par les jeunes embauchés comme un bon "sas" d'entrée dans le journalisme. Car ce métier est jeune, aux contours flous, et parfois hybride, mêlantcertaines fois des dimensions techniques, éditoriales ou commerciales. Le statut moins important que celui du glorieux journaliste papier s'illustre dans de petits détails : les locaux, les salaires, proximité avec la direction…
Car les sites d'information sont pointés du doigt, souvent au sein même de leur entreprise de presse. Les "anciens" médias mettent en cause "le tout à l’égoût" d’internet, illustre le fossé qui se créé entre ceux qui sont "branchés sur les nouveaux médias", en comprennent le fonctionnement et le rapport transformé au public qu’ils impliquent, et ceux qui ne veulent pas "lâcher le contrôle" et tentent de garder la main sur un processus qui leur échappe. C'est ce dont témoigne Narvic, "penseur d'internet", sur son blog Nonövision.
http://narvic.fr/2009/09/le-quatrieme-pouvoir-est-en-train-de-changer-de-mains/
Connecté aux agences de presse tu resterasDe l'intérieur, ces rédactions internet ressemblent à "un open space, une série d’écrans d’ordinateur branchés sur le fil de l’Agence France Presse derrière lesquels de jeunes journalistes, scotchés à leurs sièges, tapent frénétiquement sur les claviers. Organiser, réécrire, hiérarchiser, titrer, chapôter, trouver une illustration : ici on ne cherche pas l’info, on la rend intelligible", résume le journaliste Simon Piel qui dresse un état des lieux sur Bakchich.
Réactivité et immédiateté obligent, le statut du journaliste à l'heure d'internet a changé. Terminé le terrain et les enquêtes, les web journalistes, cloîtrés dans leurs rédactions et alimentés par les agences de presse, créent peu de contenus par eux-mêmes mais en font circuler beaucoup. "L’essentiel du travail d’éditorialisation du journaliste Web consiste à sélectionner et à hiérarchiser l’information fournie par le support original, les agences de presse et les partenaires ou sous-traitants", décrit le chercheur Yannick Estienne dans Le journalisme après internet. Donc pas de réel travail d’écriture ou de production d’articles.
http://books.google.fr/books?id=uq_OklxBkqsC&pg=PT13&dq=la+presse+sans+gutenberg&client=firefox-a#v=onepage&q=la%20presse%20sans%20gutenberg&f=false
Accrocheur, court et simple tu écriras
Le support internet, s'il créé un nouveau journaliste, change également la manière d'écrire, de titrer, de légender, de mettre en page, de l'illustrer. Car il y a une écriture web. Dans cette culture du zapping, un seul but : retenir l'internaute qui n'a plus le temps de lire. Pour cela, écrire plus court, plus accrocheur.
Lors de la rédaction de son article, le journaliste web se trouve donc face à une pléiade de commandements, qu'il doit prendre en compte. Organiser son contenu, écrire concis, contextualiser, mettre la page en relief, utiliser l'hypertexte sont quelques unes des consignes. Mais il doit également s'assurer que son article va être correctement référencé dans les moteurs de recherche : placer des mots-clés, penser multimédia et dynamique. Et surtout, surtout, le journaliste doit faire court. Du vocabulaire simple, concret, des petits paragraphes… Rien de trop compliqué pour ne pas faire fuir le lecteur.
Toujours plus rapide, tu seras
Et enfin, il faut être rapide, c'est le b-a-ba de l'information sur internet. Illustration avec Twitter, dernière marotte des rédactions et des journalistes internet qui ne jurent que pas ce site de miccro-blogging. Lors des attentats de Bombay en 2005, le journaliste du Figaro Laurent Suply, expliquait sur son blog comment Twitter est devenu indispensable, permettant à l'information d'aller "très très vite".
Le journaliste-twitter, c'est même un nouveau modèle pour Benoit Raphaël, rédacteur en chef du site communautaire Le Post : "Sur Internet, le journalisme de liens (qui trie et donne du sens) est une vraie fonction d'info".
Quand tout va "très très vite", cela donne souvent une course à l'information et aux petites phrases, un règne du buzz qui peut faire faire de faux pas à une profession dont la crédibilité est déjà bien entamée. Car le revers de la médaille, c'est l'uniformisation des informations, qui privilégie l'émotion et les réactions mais très peu l'analyse. "Actuellement, pour la plupart des journalistes, le sommet de l’information consiste à couvrir l’événement pendant qu’il se produit, parfois avant même qu’il ne se produise", explique Marc Louvain, dans L’information à l’heure numérique ou la fin du récit médiatique ?
https://www.uclouvain.be/cps/ucl/docc/ilangcom/documents/lits_findurecit_20080529.pdf
Le buzz et l'émotion, tu privilégieras
Un internaute témoigne encore dans un commentaire :"Ce qui me fait sortir de mes gonds, c’est une sorte de frivolité qui fait buzzer à tout va des non-informations. Il y a une sorte de glissement de l’info, de la réflexion, de l’analyse (qui sont du journalisme journalistique mais aussi citoyen) vers le rire gras ... On ne va pas au fond, on ne pense plus, on ne donne plus à penser. On partage et on échange du rien".
Ce journalisme de l'immédiateté et de l'émotion n'a "aucun intérêt" estime sur son blog le journaliste Alain Joannes, qui se pose en contrepoint : "Les contenus des blogs sont d'une parfaite banalité", raconte-il. "Souvent, d'ailleurs, les "articles" des "journalistes" citoyens se terminent par "...alors, on a allumé la télé pour savoir ce qui se passe." Pour lui, "on peut reprocher beaucoup de failles et de travers aux journalistes - je ne m'en prive pas - mais le fait est que le "journalisme" citoyen est incapable de donner du sens à un évènement soudain comme la tragédie de Bombay ou à un phénomène complexe comme la crise financière".
Les internautes, tu écouterasPour l'instant encore entièrement dépendant des fils de dépêches et non rentable, le journalisme sur internet cherche encore, en effet son modèle. Et surtout, la position du journaliste au sein de ce média qui apparemment n'a plus tellement besoin de lui. Quel rôle du journaliste à l'ère du buzz ?, demande Narvic. Pour lui, les journalistes web doivent quitter leur position de "surplomb" et se "plonger dans les réseaux, accompagner les internautes".
C'est ce qu'ont essayé de faire les sites d'information pure-players - non-adossés à un magazine-, qui se veulent l'incarnation d'un nouveau journalisme. Ainsi, Rue 89 site d'information et de débat participatif lancé en 2007, dit vouloir se baser sur "l'info à trois voix", mêlant au même niveau contributions de journalistes, d'experts et d'internautes. En 2008, Mediapart se créé, s'affichant à son tour comme un site "participatif". Dans la pratique, le site s'affiche avec deux entrées : Le Journal tenu par les journalistes professionnels de la rédaction et Le Club animé par les internautes abonnés. Louable effort.
http://novovision.fr/?Quel-journalisme-a-l-ere-de-l-info
Un nouveau modèle, tu te chercheras
Mais dans les faits, pas sûr que les journalistes du web soient vraiment disposés à laisser leur place et à se placer en unique arbitre. Pour preuve, un des fondateurs de Rue 89, Michel Lévy-Provençal, se retire du capital en 2008, créant, au passage, une petite polémique surle journalisme participatif. "L'idée fondatrice du projet, "l'Info à trois voix" -la voix des experts, des internautes et des journalistes- n'est aujourd'hui qu'une caution, un slogan vide de sens", explique-t-il dans une tribune.
"Nous voulions mettre les blogueurs et les internautes au coeur du projet.(…) Il m'a semblé dès le début que mes camarades journalistes tombaient dans les anciens pièges, cédaient à leurs vieux réflexes". Terminé le lieu de "débat libre, constructif, intelligent, un espace ouvert", retour aux blogs de journalistes, aux articles de journalistes et aux éditos de journalistes. L'idée a fait long feu, pour lui.
Mais, l'idée d'un journalisme "dépollueur" émerge cependant, dont le rôle est d'accompagner les internautes, de contrôler la naissance et la propagation des buzz sur internet, de vérifier et certifier les informations qui circule.
http://www.mikiane.com/node/2008/02/21/pourquoi-je-veux-à-nouveau-quitter-rue89
Bientôt un journal sans journalistes apparaîtra
Trêve de bavardages, l'avenir est peut être à celui d'une information sans journalistes. A la Northwest University, dans l'Illinois, étudiants et professeurs travaillent à la mise en place d'un journal sans journalistes. Grâce à un programme, des informations personnalises sont glanées sur internet, associées à des images, des vidéos et un texte, et présentées par un avatar numérique…
2000-2010
Sibylle Laurent
16.12.2009 17:10
http://hightech.nouvelobs.com/actualites/20091216.OBS0899/le_journaliste_en_pleine_crise_existentielle.html#react
Propos...
Absolument fascinant ce métier de rapporteur de nouvelles. Attendons de voir si, l'avatar numérique, un jour, ne voudras pas aussi être grassement payé et syndiqué, comme les humanoïdes.
Libellés : Media, Media-citoyen, Media-etude, Media-rapport
De... sp et al... le... 23.3.10,








