BT Soyez multiculturalistes et minoritaires...
29.5.08
Il n’y a pas eu de crise à la publication du rapport final de la commission BT, mais les réactions elles, ne font que débuter et relancer le débat. Un excellent exercice pour la démocratie et pour tous.Si vous vous souvenez encore un peu, la principale découverte bénéfique de la commission fut les forums. L’occasion unique d’entendre les points de vue de citoyens ordinaires qui sont toujours censurés et non publiés dans les médias écrits, car ils ne sont pas de catégorie «politiquement correcte» ou de type «modérés» ou simplement littéraire. Aux réactions… Voici donc quelques opinions publiables, ceux-ci. Il y a l’improvisation libre, bemoreopen et il suffirait de presque rien.
Improvisation libre !
Les micros n’étaient pas encore ouverts à la conférence de presse des commissaires Bouchard et Taylor que déjà le gouvernement déposait un projet de loi pour conserver le crucifix à l’Assemblée nationale, en contradiction avec l’une des recommandations de la Commission. Ça promet !
Le premier geste des commissaires avait été d’élargir leur mandat pour embrasser plus large que le simple cadre juridique des accommodements raisonnables. Mais, aujourd’hui, ils nous disent qu’ils n’ont pas abordé la question linguistique qui est pourtant la principale source de ce qu’ils identifient comme « l’insécurité » de ceux qu’ils appellent les « Québécois canadiens-français ».
« Officiellement », ils n’ont pas traité non plus de la question des écoles ethno-religieuses. Mais, dans les faits, c’est pour ne pas toucher aux privilèges et aux subventions de ces même écoles ethno-religieuses, que les commissaires ont accouché du fumeux concept de « laïcité ouverte » qui permet le port de signes religieux pour ces fonctionnaires de l’État que sont les enseignantes et les enseignants.
Dans leur rapport, les commissaires écrivent que « la neutralité de l’État doit favoriser l’expression de la liberté de conscience et de religion (sic!) », une conception en parfaite concordance avec les jugements des tribunaux fédéraux et le multiculturalisme canadien, dont ils nous disent par ailleurs se démarquer avec leur « interculturalisme ».
Enfin, les commissaires renvoient toute la question de la laïcité à la production d’un éventuel Livre Blanc sur la laïcité ! Ils toucheront chacun 350 000 $ pour cela ! Bonsoir ! Et au prochain rapport !
Pierre Dubuc
23 mai 2008
www.lautjournal.info
Propos…
Elle est bonne. Les commissaires disent que l’État doit favoriser la liberté de conscience et de religion, qui concorde bien avec le multiculturalisme canadian. Mais, adoptez l’interculturalisme. Eh eh eh !… Pas mal astucieux les académiques…
Be more openSelon la Presse canadienne, le rapport final de la commission Bouchard-Taylor, sur les accommodements raisonnables, conclut que la responsabilité d'avoir «l'esprit ouvert» repose sur les épaules de la majorité francophone du Québec.
La majorité française du Québec est à nouveau au banc des accusés. Elle n’est pas assez «ouverte», accueillante, sensible aux besoins des groupes ethniques qui se pointent sur son territoire. Elle est xénophobe, raciste, trop recroquevillée sur elle-même. Elle fait déjà beaucoup, mais elle devrait faire encore davantage pour les nouveaux arrivants. Elle devrait aller plus loin, si loin, qu’elle devrait presque mettre entre parenthèse tout ce qui a permis sa survivance en terre d’Amérique.
Selon certains, la majorité française du Québec est trop frileuse, trop emmitouflée dans sa cape hivernale, protégée par ses grosses mitaines de laine, sa ceinture fléchée. Elle se distingue trop avec son sirop d’érable, ses rigodons, ses violons d’occasion. Elle chante trop son coin de terre, étale trop son goût de l’habiter, son souci de le contrôler. Elle aime trop ce qu’elle a toujours tenté de protéger et doit se sentir coupable de le faire contre vents et marées.
La majorité française du Québec doit faire encore plus même si elle est consciente qu’on lui a enlevé, ce faisant, plusieurs pans de ce qu’elle a toujours été. De ce qui a structuré son histoire, son identité nationale. De ce qui a fabriqué ses racines qui la plongent dans une foi «ensouchée» dans les ancêtres, une langue belle qui fait le tour de l’Île du poète endormi, depuis plusieurs années.
La majorité française, qui lui faire dire «nous» lorsqu’elle a envi de parler, doit se sentir coupable de ne pas assez s’ouvrir à l’étranger, alors qu’elle est déjà à genoux pour oser dire, toute l’année, comment elle se sent souvent brimée.
Quelqu’un, dans ce qui s’appelle un Parlement, peut-il se lever debout et dire qu’une barre doit être dressée. Non pas parce que les français du Québec aient peur de ce qui pourrait arriver. Mais peur de ce que la limite soit dépassée. Et quand la limite est au-delà de ce que le gros bon sens peut exiger, la marmite pourrait avoir le goût de sauter.
En réalité, la majorité est fatiguée de se renier pour faire plaisir à une minorité qui prend une place démesurée. À ceux qui veulent plus de liberté, sur cette terre avant eux habitée, j’ai bien le droit de leur dire qu’une terre ne peut pas toujours se fractionner. Venus d’ailleurs, il faut bien vous intégrer et non demander à ceux qui sont là depuis des années, de modifier constamment leur façon de faire pour toujours vous accommoder.
Nestor Turcotte
Matane
Le mardi 20 mai 2008
Propos…
Le pensionné du ouèrnement favori de tous, Nestor, philosophe imperturbable, toujour aussi limpide à distinguer entre intégration et colonisation.
Il suffirait de presque rien...Le tandem Bouchard-Taylor nous le confirme et le commentait allègrement à l’émission Maisonneuve à l’écoute sur les ondes de Radio-Canada ce 23 mai dernier : il n’y aurait pas de « crise » comme tel, tout juste une « inquiétude » qui se réduirait même à un simple défaut de « perception ». Voilà où nous en serions d’après le rapport sur la question des accommodements raisonnables.
Mais, loin de dégonfler complètement la baudruche, les commissaires recommandent des « pratiques d’harmonisation », reconnaissant donc des besoins, des changements à apporter, des efforts à faire, pour améliorer une situation qui par ailleurs ne serait pas alarmante.
À cette même émission, une auditrice a relevé qu’en matière de droits religieux dans l’espace public, on n’entendait jamais certains groupes, notamment les « immigrants intégrés ». Et pour cause ! N’oublions pas que la commission Bouchard-Taylor a mis lourdement sur la table cette dichotomie nous-eux, les « de souche » face aux immigrants, et on ne savait plus très bien comment s’en sortir, où se situer exactement : d’ailleurs pourquoi faudrait-il toujours se rattacher à un groupe ?
Grotesques étiquettes
C’est que cela devient vite impossible : si l’on est par exemple née au Québec, d’un père d’origine grecque, d’une mère d’origine française... en épousant un pure laine, a-t-on gagné ses épaulettes ?! À quel sous-groupe se rallier ? C’est dire le grotesque des étiquettes, et pourtant il est de la nature humaine de cataloguer des blocs — les juifs, les musulmans, les immigrants — qui ont pourtant tous aussi leur diversité, leur pluralité. Tout comme cette majorité du Québec : canadienne-française, québécoise, francophone ?
Si l’on n’entend pas parler les immigrants intégrés, c’est qu’ils ont justement « intégré » cette société, en l’abordant avec ce qui de toute évidence fait souvent défaut à d’autres : de l’humilité. Certes, l’intégration ne se vit pas de la même façon par tous, mais il faut au départ faire preuve d’humilité pour s’accommoder de ce que l’on trouve dans la société d’accueil. Car, même si « l’immigrant est là pour rester » (comme dit M. Charles Taylor), on ne s’invite pas dans un pays, on demande à être « reçu », autrement dit « accepté » et, dès lors, il revient à chacun d’apprivoiser cette société nouvelle à laquelle il veut participer.
Surenchère
Il faut en ce sens faire preuve de bonne volonté et, en retour, on peut dire que le Québec se montre bien conciliant : en effet, des accommodements se sont presque toujours faits à l’amiable sans passer par les tribunaux ! Et on oublie en outre trop souvent que les demandes d’accommodement ne sont pas le seul fait des « nouveaux venus » ! C’est une surenchère soudaine dans les demandes (locaux de prière, augmentation de congés payés, kirpan, etc.) mêlée à du dénigrement envers la réalité historique du Québec (sapins et chants de Noël, crucifix, etc.) qui a déstabilisé un statu quo peu vulgarisé...
Quand l’arrogance et la suffisance transforment une demande en revendication, quand le cas particulier devient une demande communautaire, quand un privilège devient abusif, l’opinion publique réagit, se sentant flouée, trahie, menacée, pour avoir été trop généreusement ouverte : elle réclame des balises nettes et précises.
Arrière-goût
Le pouvoir politique joue sa partie et répond aux pressions, avançant d’un pas et reculant de deux, comme toujours. Néanmoins, on ne voudrait pas que nos dirigeants en arrivent à paraphraser le Front National et Nicolas Sarkozy : on aime le Québec ou on le quitte ! On préfère encore et toujours se répéter qu’il faut faire en sorte que chacun trouve sa place...
Mais il suffirait de presque rien... pour vivre en harmonie. [...] La commission Bouchard-Taylor laisse finalement un arrière-goût : la laïcité « ouverte » a encore des relents de concessions unilatérales... et le débat reste entier.
Danielle Nicolopoulos
Le Devoir (opinions)
mardi 27 mai 2008
Propos…
La laïcité ouverte, en contrepartie de la laicité fermée, est un joli concept pour introduire les pratiques différentielles, selon les demandes. Plutôt que de pratiquer une polititque de l’intégration républicaine à l’ineffaçable et déplorable majorité, semble-t-il.
Plus il y a d'opinions, plus c'est un fouillis indescriptible d'accomodement ce rapport…
Libellés : Commission-BT-Accomodants
De... sp et al... le... 29.5.08,











