Thé à rabais et zone euro solide...
8.4.10
De retour au jour des observateurs de l'écono en crise. Nous disions... La rubrique qui génère toujours le plus de courriels en tout genre de la part de ses lecteurs, fanas indéfectibles de l'analyse à saveur Euro de l'économie.Tout comme la semaine dernière et précédente, l'éconoencrise maintient sa cote de popularité. Même si le nombre de fichiers au répertoire temp a diminué à 37. L'action y est moins pressante, mais tout de même d'une stabilité étonnante.
La tendance qui s'approche et qui s'éloigne parfois de la récession en W ou bien en U, n'a pas encore indiqué le choix définitif. Ce sera, de toute manière, une reprise lente. Peut-être avec déflation pour certains, dont le Japon, avec dépression de l'emploi pour d'autres tel la zone Euro et les USA. Des mouvements vraiment imprévisible et inattendu à certains égards, sont toujours présents.
La semaine dernière... À l'éconoencrise il y a eu l'étude des 12 travaux et 8 objectifs de l'économiste Boyer. Puis une brève nouvelle sur l'état des marchés.
Cette semaine à l'éconoencrise... Débutons par une nouvelle brève et légère. La crise écono au pays des Nipponnais a des répercussions inespérés, sinon inattendues. Il y a chute drastique des prix du thé, avec ces dames favorites de tous, les gracieuses geishas. C'est une aubaine vraiment imbattable. En seconde... Quelques questions et réponses à propos de l'état de la zone euro. Ses marchés et les attaques contre la Grèce. Une perspective vraiment différente. Bonne lecture...
Rabais sur le thé avec des geishas en temps de crise au Japon
Une cérémonie du thé avec ces dames de compagnie raffinées coûte habituellement près de 400 euros, mais en ces temps de récession, les maisons de geisha de Kyoto, l'ancienne ville impériale japonaise, cassent les prix. Dorénavant pour quatre euros, vous pourrez apprécier leur compagnie, le son de leur shamisen, un luth traditionnel, et leurs danses gracieuses.
Autrefois, seules des personnes « recommandées » avaient le droit d'assister à cette cérémonie. Aujourd'hui, il est n'est pas rare de voir arriver des groupes nombreux. Munis d'appareils photos, les visiteurs pénètrent dans ces maisons privées, la tête remplie de fantasmes exotiques. Pendant une demi-heure, ces touristes se prennent en photo avec les geishas, longtemps confondues en Occident avec des prostituées.
Cette transformation folklorique préfigure-t-elle la fin de la culture geisha, apparue au Japon il y a plus de quatre siècles ? Les associations de Kyoto s'en défendent et prétendent seulement vouloir « promouvoir le tourisme ».
A cause de la crise économique mondiale conjuguée au prix élevé du yen et à l'épidémie de grippe A, le nombre de visiteurs étrangers au Japon a chuté de près de 20% en 2009.
Lily Eclimont (Aujourd'hui le Japon)
Le 3/2/2010 à 12h45
La zone euro est très solide, personne n'a intérêt à en sortirCharles Wyplosz, professeur d’économie à l’Institut de hautes Études internationales et du développement de Genève, spécialiste reconnu de la monnaie, estime qu’un éclatement de la zone euro est impossible. Même une cessation de paiement d’un État membre ne menacerait pas la monnaie unique.
L’inquiétude des marchés à l’égard de la Grèce, du Portugal et de l’Espagne est-elle justifiée ?
Il n’y a aucune raison pour que ces pays suscitent une particulière inquiétude des marchés, car tous les États, absolument tous, ont fait exploser leur déficit public afin d’empêcher une grande dépression. Il faut donc rester calme, la situation actuelle des finances publiques étant à la fois normale et prévisible depuis l’éclatement de la crise. Le déficit de la Grèce est certes important, mais pas plus que celui de la Grande-Bretagne ou des États-Unis. Sa dette est certes élevée, mais moitié moins que celle du Japon et reste dans l’ordre de grandeur de celle de bien d’autres pays, dont bientôt les États-Unis et la Grande-Bretagne. Donc cette fixation des marchés sur la Grèce, le Portugal ou l’Espagne est irrationnelle, un irrationnel auquel les marchés nous ont habitués.
Les mensonges répétés de la Grèce sur l’ampleur réelle de ses déficits n’ont-ils pas contribué à la fébrilité des marchés ?
Lorsque la Grèce a révélé en 2004 avoir menti depuis 2000 sur l’ampleur de ses déficits, les marchés n’ont absolument pas bougé. En quoi le mensonge de 2009 serait-il plus grave que celui de 2004 ?
Alors, comment expliquer les attaques contre la Grèce ?
Les marchés, pour des raisons étranges, se fixent sur un problème particulier, commencent à se monter la tête et à s’angoisser mutuellement : il faut bien voir qu’ils vivent dans le monde de la rumeur. Deux mécanismes se mettent alors en place : d’abord, ils cèdent à la panique et cherchent à se protéger, dans le cas présent contre une cessation de paiement du gouvernement grec. Ensuite, dès qu’ils se sont mis à l’abri, ils deviennent agressifs et essayent de gagner de l’argent en prenant des positions sur un accident de la dette grecque, voire sur un éclatement de la zone euro.
Y a-t-il un moyen de contrôler les marchés ?
Malheureusement, il n’y a guère de moyens réglementaires. Certes, il y a cette idée d’une taxe sur les transactions, mais cela n’évitera que les petits mouvements spéculatifs, pas les grandes crises. Le seul moyen, en réalité, de stopper les marchés, est d’avoir des autorités monétaires courageuses. Ainsi, en 1998, lorsque les marchés ont attaqué le dollar de Hong-Kong, l’autorité monétaire de la ville, c’est-à-dire sa banque centrale, est intervenue en sens inverse et a racheté tous les actifs qu’elle pouvait. Résultat : les spéculateurs ont bu le bouillon puisqu’ils avaient anticipé une baisse de la bourse de Hong-Kong alors que la banque centrale l’a fait grimper… C’est une leçon qu’ils n’ont pas oubliée. La Banque centrale européenne (BCE) pourrait très bien faire la même chose en achetant des paquets massifs de dettes grecques afin de faire boire le bouillon à ceux qui ont pris des positions à la baisse. Mais je n’ai pas l’impression qu’elle soit prête à le faire pour des raisons essentiellement dogmatiques.
Existe-t-il un vrai risque que la Grèce fasse défaut ?
Dans les semaines qui viennent, le gouvernement grec va être obligé d’emprunter une quinzaine de milliards d’euros pour refinancer sa dette. Or, si les marchés refusent de lui prêter de l’argent, il ne pourra pas rembourser sa dette et sera donc techniquement en cessation de paiement.
Peut-on politiquement laisser tomber la Grèce ?
À mon sens, si les autres pays de la zone euro lui prêtaient de l’argent pour la sauver, ce serait envoyer le mauvais message. Ce pays n’a jamais respecté la discipline budgétaire depuis le début de l’Union monétaire et ce qui lui arrive n’en est, somme toute, que la conséquence. Le laisser entre les mains du Fonds monétaire international serait la bonne solution.
N’y aurait-il pas un risque d’effet domino ?
Et alors ? Si le Portugal et l’Espagne se retrouvaient en cessation de paiement, ce ne serait pas la fin du monde. Il y aurait simplement une baisse assez nette de l’euro, ce qui serait une bonne chose alors que nous sortons péniblement d’une forte récession.
Cela ne risquerait-il pas de faire éclater la zone euro ?
Pour que la zone euro éclate, il faudrait que des pays décident de la quitter en violant leurs engagements puisqu’il n’y a pas de ticket de sortie de prévu dans les traités. Surtout, si la Grèce réinvente la drachme, elle s’effondrera immédiatement, et sa situation serait infiniment pire que si elle restait dans la zone euro. Je pense que la zone euro est très solide, car personne n’a intérêt à en sortir.
Avec la crise grecque, n’est-on pas aux limites du traité de Maastricht qui a laissé la politique économique et budgétaire aux mains des seuls États, alors que la politique monétaire est fédéralisée ?
Il serait plus logique que l’on ait un système fédéral, c’est évident. Mais politiquement, c’est pour l’instant impensable. On voit bien le mal que l’on a eu à faire ratifier le traité de Lisbonne, qui est pourtant un traité minimal. Si l’on explique maintenant aux citoyens que l’on va créer un budget fédéral conséquent afin de permettre des transferts budgétaires massifs, cela ne serait jamais accepté.
Sans aller jusque-là, on pourrait très bien décider de gérer en commun une partie des dettes nationales et émettre des emprunts européens.
Il faudrait d’abord que le gouvernement allemand explique à ses citoyens qu’ils vont être responsables d’une dette qui bénéficiera aux Grecs. Ou que les Français acceptent d’être responsables des dépenses italiennes. C’est intenable et cela n’a aucune logique : il est normal en démocratie que ceux qui s’engagent à payer soient ceux qui contrôlent. Dans un système fédéral, ce serait différent, mais nous en sommes loin.
Jean Quatremer
11/02/2010
http://bruxelles.blogs.liberation.fr/coulisses/
Propos...
Il semble que depuis une semaine les craintes à propos de la Grèce ont solidement mis à l'épreuve tous les membres de la zone Euro. Il y a plus de deux mois que l'intrigue perdure, à savoir qui sera le prochain partenaire en désaccord à propos de la façon de soutenir ses difficultés d'emprunt. Après l'Allemagne, bien sur.
Un vrai romain savon à suivre, quoi.
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